La Méguila d'Esther
Objet musée
Numéro d'inventaire : 15827
Titre : La Méguila d'Esther
Dénomination contrôlée : Judaica megilah
Désignation de l'objet : La Méguila d'Esther, illustrée par Gérard Garouste, numérotée, VII/X.
Dix exemplaires lithographiés et numérotés ont été réalisés, rehaussés à la feuille d’or et de couleur par l’artiste pour les collectionneurs.
Dimensions : 42,0 cm x 410,0 cm
Mode d'acquisition : don
Source de l'acquisition :
Personnes/Organisations liées : Garouste, Gérard
Datation (période) : XXIe siècle
Date de production : 2001
Provenance géographique : France, Paris
Provenance géographique : Paris
Informations historiques : Cette œuvre est une megillat Esther, le Livre d’Esther, un texte fondamental de la Bible hébraïque, lu chaque année lors de la fête de Pourim. Le Livre d’Esther raconte l’histoire des Juifs exilés à Suse, dans l’Empire perse, au Ve siècle avant notre ère. Un ministre du roi, Haman, prépare un complot visant à exterminer les Juifs. Grâce à l’intelligence politique de Mardochée et surtout au courage d’Esther - devenue reine tout en cachant son identité juive - le complot est déjoué. Le récit se conclut par un renversement spectaculaire : les persécutés sont sauvés, et le persécuteur est puni.
Ce texte est au cœur de la fête de Pourim, célébrée dans la joie, le bruit et le déguisement. On y retrouve l’idée de renversement des rôles et des hiérarchies, proche de l’esprit du carnaval. Esther elle-même incarne cette idée : son nom vient du verbe hébreu lehastir, « cacher ». Elle reste invisible jusqu’au moment décisif où elle se révèle, créant un véritable coup de théâtre.
Le Livre d’Esther est aussi un texte très singulier : D.ieu n’y est jamais nommé. Cette absence a suscité de nombreuses interprétations philosophiques, notamment chez Lucien Goldmann, qui parle d’un « D.ieu caché ». C’est donc un texte à la fois festif, historique et profondément réflexif.
Sur le plan matériel, une megillah est un rouleau de parchemin cousu, enroulé autour d’un axe. Traditionnellement, le texte est copié à la main par un scribe spécialisé, le sofer, selon des règles extrêmement strictes. Aujourd’hui, les megillot sont le plus souvent imprimées ; une megillah entièrement réalisée à la main est devenue très rare.
Gérard Garouste s’inscrit avec cette œuvre dans une série de créations profondément nourries par la culture et les textes juifs. Il s’inspire aussi bien de la Bible que de la tradition rabbinique, ou encore de récits littéraires modernes comme Kafka. Il a notamment illustré une Haggadah de Pessah en 2001 avec le philosophe et rabbin Marc-Alain Ouaknin.
Celle-ci a été commandée pour une synagogue parisienne, Adath Shalom, que l’artiste fréquente. Le texte a d’abord été calligraphié par un scribe, puis Garouste a enluminé tout le rouleau : marges, interstices, gouttières, avec des scènes du Livre d’Esther, des motifs décoratifs, des aplats de couleur. Il travaille à la gouache sur parchemin, un support qui ne permet aucune correction, ce qui exige une très grande maîtrise. Il a même réalisé lui-même l’axe en métal sur lequel le rouleau s’enroule.
L’œuvre présentée ici est le numéro VII d’une série de dix tirages reproduisant l’original. Chaque exemplaire a été largement retravaillé à la main par Garouste : ajouts de gouache, de feuille d’or, modifications de couleurs. Chaque rouleau est donc une œuvre unique. Le coffret a été conçu par son épouse, Elisabeth Garouste.
Cette megillah fait partie des très rares judaica contemporains réalisés par un artiste majeur, échappant à la production standardisée d’objets religieux.
Enfin, cette œuvre prend une dimension particulièrement forte quand on connaît le parcours de Gérard Garouste. Né en 1946, fils d’un père antisémite et collaborateur, il se rapproche progressivement du judaïsme par son épouse, avant de se convertir dans les années 2010. Depuis les années 1990, il étudie intensément la Bible hébraïque et le Talmud, nourrissant une réflexion artistique, philosophique et personnelle. Cette megillah peut ainsi être lue comme une œuvre de transmission, mais aussi comme un geste intime de réparation et de réappropriation.